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"L'Europe peut-elle être sauvée ?" par Martin Armstrong

Publié le

23 août 2015

Symphoenix



QUESTION : M. Armstrong, je trouve cela très révélateur que vous ayez averti depuis le début la Commission Européenne que cette idée de l'euro échouerait à cause d'une conception structurelle bancale. Pensez-vous qu'il existe un moyen de sauver le système européen désormais ?

REPONSE : Malheureusement, je crois que le projet européen dans son ensemble est complètement dysfonctionnel et qu'il a évolué en quelque chose d'anti-démocratique dans une tentative désespérée de garder la main sur les rênes du pouvoir. Bien sûr qu'il y a des choses qui pourraient être faites. Je pourrais probablement réparer le système en 90 jours, si ce n'est en 30. Mais on parle là d'une confrontation entre pouvoir politique et réalité économique et pour cette seule raison, aucune réforme n'est possible sans un effondrement total du système.

Les politiciens n'abandonneront jamais leur pouvoir volontairement. Cela ne fonctionne pas ainsi. J'ai tenté d'empêcher le fait que nous nous retrouvions dans cette situation il y a des dizaines d'années. Un enfant de 2 ans avec une calculatrice de poche aurait pu déterminer où nous en serions aujourd'hui dans les années 1980. On ne peut juste pas emprunter année après année sans intention de rembourser quoique ce soit sans saccager l'avenir. J'avais rencontré des gens du temps de Reagan. Ils m'avaient dit à ce sujet : "Oh, aucun souci. Ils rembourseront avec des dollars meilleur marché."

Par voie de conséquence, la nature humaine est une entrave à la rescousse de l'Europe. Ceux au gouvernement justifient assez facilement dans leurs esprits étriqués leur refus d'écouter le peuple. Les bureaucrates (non-élus) et les politiciens (prétendument élus) vivent dans un monde imaginaire où ils sont les plus intelligents et savent tout mieux que tout le monde. Avec cette façon de penser, ces personnes donnent une justification au démantèlement du processus démocratique.

Les Romains renversèrent leur roi en 509 av. JC, à l'image des révolutions contre la monarchie durant le 18e siècle. Et, comme lorsqu'ils eurent à renverser la République qui était gangrenée par l'oligarchie, à la manière de ce que l'on connait également aujourd'hui, nous allons avoir à faire face au danger de se retrouver avec des rois imposés, usant de prétextes démocratiques. On a connu des dictateurs au Moyen-Orient qui prétendaient avoir été élus. Cette duperie fait partie de la nature humaine. Avec eux, tout n'est que cosmétique. Le 16 janvier de l'an 27 av. JC, les Romains donnèrent à Octavien le titre de "Princeps", un mot latin signifiant : "Premier en terme de temps ou d'ordre; le premier, le chef, le plus éminent, distingué, ou noble; le premier homme, la première personne." Ils lui donnèrent également le titre "Auguste", du latin "Augere" (voulant dire "augmenter"), ce qui peut aussi se traduire par "l'illustre", "majestueux", "le multiplicateur", ou encore "vénérable", qui était un titre d'autorité religieuse plutôt que politique. Le terme "Auguste" devint de fait le titre des empereurs. Nous arrivons à dater les monnaies car les empereurs recevaient, chaque année, une année de pouvoir, un peu comme si le Sénat de l'ancienne République les avait désigné.



A Rome, la monnaie en bronze était en réalité émise par le Sénat, et non par l'empereur. Elle laisse apparaitre la marque "SC" pour "Senatus Consulto". Ceci met en évidence les deux autorités monétaires séparées qui régnaient sur la création monétaire exactement comme on a de nos jours le Département du Trésor et la Réserve Fédérale. Il existe quelques pièces en or portant la marque "SC", ce qui laisse suggérer que le Sénat se faisait occasionnellement approvisionner en or. La charge de l'émission monétaire à Rome incombait à l'origine aux Consuls, désignés une fois par an par le Sénat, et ce contrôle était exercé par des administrateurs qui étaient désignés par les Consuls, de manière similaire à la façon dont le Président compose aujourd'hui son gouvernement. Bref, à Rome, le prétexte à la préservation de la République était que de cette façon, l'empereur devenait Consul, maintenant les apparences de la République, comme un dictateur prétendant avoir été élu, ou encore comme ceux en charge du Trésor, de la FED etc.

Rome garda l'apparence de la République bien que personne n'ait voté pour l'empereur. C'est pourquoi j'avertis que nous aussi pouvons connaître soit la liberté, soit l'autoritarisme. Notre crise démocratique atteindra le point de rupture. Ceux qui sont au gouvernement aujourd'hui sont corrompus au vu et au su de tout le monde. La police détrousse les gens qui ont du liquide sur eux, invoquant le motif que cet argent "pourrait" être teinté. Les institutions judiciaires se sont effondrées et plus personne ne prétend être juste.

Les membres à la tête de l'Europe ont été désignés, pas élus. La Grèce peut tenir des élections publiques, et malgré tout, Bruxelles en rejette les résultats et demande que le nouveau gouvernement se conforme à leurs demandes. L'Europe feint d'être démocratique, via l'élection de représentants à Bruxelles par le peuple. Mais la Commission, non élue, n'est pas tenue de se conformer aux décisions du Parlement, élu lui par le peuple. Nous avons ici affaire au même type de faux-semblant mis en place à Rome et qui entraîna sa chute. Un développement qui s'avère jusqu'à présent très perturbant. L'Amérique n'est pas loin derrière.

 

Source : http://www.armstrongeconomics.com/archives/29780 (2015-04-24)

Classé dans : Economie, Politique

Mots clés : Europe, Bruxelles, Octavien, Rome, Martin Armstrong


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