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Courir pour ne pas choir !

Publié le

10 octobre 2015

Symphoenix

Ses jambes l’entraînent à l’insu d’un esprit qui souhaiterait le voir marquer une pause. Mais il s’est lancé dans une fuite en avant continue. Déconnexion du corps et de l’esprit. Car la peur de s’effondrer si immobile. Car la peur de sombrer dans des abîmes insondables si statufié. Là réside sa malédiction.

Alors il accélère, jour après jour, sur la route d’une vie qu’il n’a pas l’impression d’avoir choisi. Comment pourrait-il en être autrement ? En faisant la guerre, nous recherchons la paix. Paradoxe typiquement humain. Echelle macroscopique se fondant dans celle microscopique. Lui en est la preuve vivante. Il lutte depuis tellement longtemps pour accéder à une forme de paix intérieure. Mais cette meute imaginaire est à ses trousses. Alors il se met à courir, question de survie. L’accélération du mouvement brouillent ses repères et il assiste au défilement de plus en plus rapide de situations qui lui furent un jour si familières. Familiarité se métamorphosant en une étrangeté d’avoir été.

Il se décompose même si, extérieurement, il continue de s’affirmer en tant qu’entité propre. Ceux qu’il appelle « les autres » ne semblent ne s’apercevoir de rien. Pourtant, il s’isole. Mais il est prêt à faire ce sacrifice au nom de la quête d’un bonheur qu’il sait pourtant illusoire. La puissance de l’inertie, dira-t-on.

Il commence désormais à perdre haleine. Son métabolisme mettant en place des oeillères biologiques, son champs de vision se rétrécit. Sujet à l’émergence de mirages qui agissent sur lui telle une carotte sur un âne, il augmente la cadence. Il est convaincu qu’il touche au but alors qu’il n’a jamais été aussi loin de son objectif initial. Il est euphorique bien que son coeur soit sur le point de lâcher. Un esprit malade ne porte-t-il pas en lui l’incapacité de discerner le nécessaire du superflu ?

Il se sent acculé à mesure que ses jambes le lâchent. Ses ennemis fondent sur lui et planteront bientôt leurs crocs symboliques dans ses chairs tétanisées. Il trébuche et s’effondre dans un nuage de poussières oniriques. C’est la fin. Il n’arrive plus à se relever malgré l’intensité de ses efforts. Il râle de frustration et de douleur. Sa psyché a repris ses droits sur son corps. Elastique tendu à l’extrême qui finit par retrouver sa forme initiale dans un claquement sec. Alors il se met à prier. Dernier ressort du condamné. Espérant une intervention divine, il n’est plus présent. Ni passé. Il est futur car parvenu à s’extraire de l'instantané et a maintenant accès à un savoir universel. Tant de beauté survolée. Tant de violence stérile.

La meute enragée effectue le bond ultime dans sa direction, gueules grande ouverte. Il parvient, au moment précis de sa mise à mort, à entrouvrir les paupières, tenant à contempler la déchéance finale en face. Mais tout ce qui s’offre à ses yeux pacifiés est un fauteuil roulant. Son fauteuil.

Il s’était assoupi…

Classé dans : Perso

Mots clés : aucun


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