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Louvoiement

Publié le

20 novembre 2015

Symphoenix

Une détonation résonne dans le lointain.

La bête s’écroule, agonisante, ne pouvant plus fuir. Bien qu’agitant vivement ses pattes arrières, elle est allongée sur le flanc. Elle gît dans une flaque de fluide vital. Elle, reine de la Nature, succombait à un vulgaire ovule métallique.

Elle les entend désormais se rapprocher en hurlant : On l’a eu ! On l’a eu ! Bientôt ils sauront. Ils sauront qui elle est en réalité.

On lui avait maintes et maintes fois raconté qu’elle avait été recueillie bébé par des villageois alors qu’elle gisait grelottante dans la neige épaisse d’un rigoureux mois de février alpin. Sa mère d’adoption fut tout naturellement Madame le maire : femme remarquable n’ayant jamais pu avoir d’enfant, ni de mari; le pouvoir féminin effrayant les hommes de la région.
D’instinct, cette femme sut qui elle était. Elle lui apprit à contrôler ses pulsions, calmer sa faim et étancher sa soif durant les 20 premières années de sa vie.

Mais son décès la dévasta. Ce fut à ce moment précis de sa courte existence qu’elle cessa de résister et se décida à embrasser sa vraie nature. Les courses sans fin dans la forêt adjacente, la traque des proies de plus en plus imposantes, le sentiment d’invincibilité : tout n’était que ravissement de chaque instant. Cela ne dura qu’un temps. Bientôt, ses frères lui apparurent comme des mets de choix. Elle perdait pied et se mit à mordre les mains qui l’avaient nourrie. Mais elle parvenait toujours à cacher ses métamorphoses, à tromper son monde.

Elle n’avait jamais su de qui elle avait hérité ce pouvoir. Ni même si d’autres étaient comme elle. Sa beauté sauvage la rendait, aux yeux de tous, insoupçonnable du moindre mal et elle savait en jouer. Ses yeux, jaunes, atypiques, désarçonnaient quiconque essayait de l’interroger sur les « disparitions ». Elle se considérait comme exceptionnelle, capable de décider de qui allait vivre et de qui allait périr, sous ses griffes. Mégalomanie typiquement humaine mêlée à la toute puissance naturelle et… animale.

Gisant nue, femme et exsangue, elle accepte son sort. Car elle sait désormais que quiconque se nourrit du diabolique pouvoir de destruction d'autrui finit toujours par le payer, d’une manière ou d’une autre. Elle était louve, la voilà morte.

Classé dans : Perso

Mots clés : louvoiement


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